Je ne sais pas si vous avez entendu parler d'
Yves Rossy qui a traversé l'année dernière (
la Manche) avec une aile identique à celle ci-dessous munies de 4 réacteurs de modèle réduits. Il va tenter cette fois de rallier l'Afrique à l'Europe soit une distance de 40 à 50 km selon le point de départ fonction des vents.Cela se passera, si la météo le permet, mercredi prochain 25 novembre à 8h30 pour vous (14h30 pour nous). Vous pourrez le suivre en direct depuis
le site de son sponsor (pour cette occasion).
Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas bien Yves, j'aimerais vous le présenter afin qu'on ne le prenne pas pour un casse-cou en mal de publicité et de sensations fortes. Yves est avant tout un Aviateur, avec un grand A. Ancien pilote militaire de Venom, de Hunter et de Mirage, il est actuellement pilote de ligne chez Swiss, je pense vraiment qu'on peut le comparer à nos pionniers d'il y a 100 ans: à la fois des rêveurs, des concepteurs, des constructeurs et... les pilotes d'essais de leurs machines, difficiles à maîtriser, où l'instinct était très important car les bases du pilotage n'existaient pas. Les sceptiques qui trouvaient ridicules ces tentatives car ils ne voyaient pas une application directe, étaient nombreux. Yves est aujourd'hui dans la même situation. Il ne trouve pas d'aide parmi les constructeurs aéronautiques (il s'est entre autres adressé à Dassault) parce qu'aucun n'y voit un intérêt immédiat. C'est pour ça qu'il doit pratiquement tout faire lui-même, seul dans son garage.
Je me rappelle de sa première conférence publique il y a quelques années. On était ... 12 (y compris l'organisateur). Je l'avais déjà croisé sur quelques terrains de saut et connaissais son parcours mais je ne comprenais pas trop ce qu'il cherchait à faire. A la fin de la conférence, il y avait un petit apéritif (là on était plus de 12) et j'ai eu l'occasion de lui poser quelques questions et surtout de l'écouter longuement. Il était dans une période de doute, entrain de construire une nouvelle aile car 2 mois auparavant, quelques jours avant une démonstration devant la presse, lors d'un dernier vol d'essai, pour une raison dont il cherchait encore l'explication, dès la sortie d'avion son aile était partie dans une spirale engagée. Il avait essayé jusqu'au dernier moment de l'arrêter mais sans succès. Comme prévu dans ces cas, il avait alors largué son aile (qui a son propre parachute de secours) et lui de son côté avait pu ouvrir normalement son parachute (mais plus bas que d'habitude). Malheureusement la sangle qui reliait l'aile au parachute de secours n'avait pas supporté le choc de l'ouverture et l'aile avait été s'écraser au sol. Pour que cette sangle lâche, sa vitesse avait dû être supérieure à 500 km/h... Il en avait encore pour au moins trois mois de travail en utilisant le moule de son ancienne aile dont il savait pourtant que le profil n'était pas optimal. Mais il avait ni le temps, ni l'argent de refaire un moule. Tout en travaillant il essayait de comprendre pourquoi il était parti dans cette spirale engagée. La seule explication qu'il avait trouvé (mais ce n'était qu'une supposition) était que le saut précédent, à l'atterrissage, il avait dû toucher un peu plus fort que d'habitude un des bouts d'aile et, sans s'en rende compte, modifier son calage. On imagine les moments de doute et de solitude jusqu'à son prochain vol, 3 mois plus tard. Je l'ai revu deux mois plus tard. Il avait à nouveau la "patate" comme il dit. Il revenait d'Allemagne avec 4 nouveaux mini-réacteurs et sa nouvelle aile était pratiquement prête. Il se réjouissait de revoler avec elle. Entre temps, pour garder la main et le plaisir bien sûr, il faisait des vols-passagers en Hunter.
Vidéo
A part ce genre de démonstration nécessaire pour financer son projet, l'objectif d'Yves est de continuer à explorer le domaine de vol de son aile, notamment par la voltige (les tonneaux passent bien). Il attendait également de nouveaux réacteurs avec deux fois plus de poussée afin de n'en utiliser plus que deux et gagner en autonomie. Bien évidemment il aimerait pouvoir aussi se passer d'avion porteur. La vitesse de décrochage étant d'environ 120 km/h, il pourrait décoller depuis un véhicule roulant un peu plus vite que cette vitesse. Si Yves était un casse-cou, il l'aurait déjà fait. Mais comme il n'a pas de plan B en cas de panne d'un réacteur ou d'une perte de puissance qui pourrait arriver avant d'avoir atteint une altitude de sécurité d'environ 500 m/sol, il continue à chercher et à rêver car mettre au point un système d'éjection léger et fiable, c'est tout sauf évident...
Comme un parachutiste en chute libre, pour se diriger, il utilise son corps, ses épaules et ses jambes. Il a un accélérateur dans une main mais la plupart du temps il vole à plein régime.
Voilà, désolé d'avoir été aussi long mais je tenais à ce que, si vous en entendiez parler ces prochains jours, vous sachiez qu'Yves est quelqu'un de notre famille, un aviateur, un vrai, comme on les aime et dont on peut être fier.
Belle journée à vous toutes et tous
Daniel

Yves, cet été, sur notre aérodrome peu avant un saut de démonstration.