Très belle soirée
Il est maintenant temps de rentrer au bercail, il est 23:00h et des poussières.
Le vent s'est levé, léger, la nuit s'est installée. Les étoiles peuplent le ciel qu'on s'apprête à déranger.
Comme un voleur, Denis fait sa prévol à la lampe torche, fouillant les moindres recoins de l'avion, le point fixe, etc. Pas de doute, il est professionnel. Machinalement, chaque étape de la préparation de l'avion s'accomplit ; mais de mon côté, un curieux sentiment ne cesse d'occuper mon esprit. Une certaine gravité qui fait de ce troisième vol de nuit pour moi un autre pas un peu à tâton de l'autre côté de la barrière. L'aviation de loisir ne sort généralement pas du "jour aéronautique". Cela m'amèrera t-il donc vers l'aviation professionnelle? Non, sûrement pas. Mais c'est une démarche vers plus de responsabilité, de sérieux, car j'ai décidé d'aller "chercher" mon Vol de Nuit suite à celui-ci..
Et en même temps, c'est une telle euphorie que de concrétiser ce vieux mythe, peuplé de légendes et de récits que la nuit ont rendus plus mystérieux et inaccessibles aux hommes. Pour ceux qui pensent que l'Homme n'est pas fait pour voler, difficle de comprendre sans doutes que l'on puisse pousser le vice (ou le rêve?) jusqu'à attendre la nuit noire pour s'aligner 13 à CYSC face aux deux rails de lumière qui pointent vers le ciel étoilé. Tant pis.
Et pourtant, on y est déjà. Vaguement guidé vers cette 13 par les feux bleus des taxiways, la piste apparaît. Le phare d'aéroport continue à balayer le ciel de façon lancinante. Denis allume le phare d'atterrissage, plein riche, plein gaz, c'est parti, rotation, et décollage. Les derniers résidus d'incrédulité s'envolent : même dans le noir, on tient en l'air ; pas de doutes, un avion, ça vole aussi la nuit. La magie est au rendez-vous. Peu importe, c'est déjà fantastique.
Au sol tout s'embrase, des millions de lumières peuplent la terre à mesure que l'on s'élève.
1100ft, virage à droite, c'est Sherbrooke à gauche qui brille de tous ses feux. Rapidement, je suis rassuré : même si c'est confus, je distingue beaucoup de choses au sol. Reste juste à trouver de nouveaux points de repère visuels. Dans l'air quand même calme et limpide, le regard porte à plus de 50km avec une netteté étonnante.
Faiblement éclairée par une unique lueur rouge provenant du plafond, la cabine ressemble à un bunker soviétique. Le paysage aux alentours prend une dimension fantastique. Le Mont St-Hilaire? c'est cette vague tâche sombre vers 11;00h. Je confirme à l'aide de mon PILOT III.
Bientôt la ville de St-Hyacinthe droit devant à 15/20NM. Autant d'indices et de détails qui font vivre ce paysage crépusculaire. Chaque avion que nous apercevons dans la nuit paraît comme en sursis. Navigant au milieu de la noirceur tâchée de villes toujours plus lumineuses, c'est vers un phare (pas d'aéroport celui-là) que mes yeux s'orientent, interrogeant l'horizon à la recherche de l'éclat du VRAI phare d'aérodrome de CSU3.
Car pour moi, nulle chance de trouver la piste sans lui. De son côté, Denis ne s'interroge plus depuis longtemps.
Pas de traffic facilite les choses à l'arrivé. Numéro 1 pour un mi-vent arrière main droite sur 20. Il faut maintenant penser à se poser.
La piste apparait très nettement avec ses lumières acceuillantes. L'avion préparé, quelques corrections du chef pilote et c'est bien la piste 20 qui s'étale sous notre nez. En fait, c'est une sorte de canyon noir qui s'ouvre à mesure que les rails de lumière s'écartent de plus en plus. Vais-je à un moment voir la piste? Confiant envers mon pilote, j'assiste impuissant au spectacle .
Et soudain le gris de la piste apparait et défile dans la lueur du phare de l'avion. Il était temps, il ne restait que quelques mètres. Arrondi, j'ai l'impression bizarre de ne pas réussir à estimer la hauteur exacte, ni la vitesse sol. Denis lui.. ffffff.
Le contact se fait comme si je me réveillais d'un rêve, un peu héberlué, pas encore sûr de la nouvelle réalité qui défile sous les roues. Message à la "Tour", on roule jusqu'en bout de piste pour prendre le taxiway vers la hangar.
C'est fini. Qu'importe, ce troisième vol a déjà apporté tant de choses. Le temps reprend son cours. Un peu à l'aveugle, retour à la maison. Il est minuit. Ca sera difficile de dormir ce soir.
Pas de photos pour illustrer tout ça, mais tous les souvenirs sont bien ancrés en tête. De toutes façon, impossible de faire de bons clichés dans cette noirceur. Il ne reste guère que les mots pour témoigner de toutes les impressions qui entourent ce genre d'expérience.
Mais au moins reste intact son voile de mystère, sûrement plus précieux que tout le reste.
Pas besoin d'en dire plus. L'essentiel, c'est dans l'oeil du pilote que vous pourrez le lire ; dans la lumière qui le fera chaque fois scintiller quand résonneront les mots : "Vol de nuit".
Fort agréable compagnie, merci à denimich et sa conjointe.
Excellent vol de nuit, gens intéressants, bonne bouffe (saumon), 15 avions au total, environ 48/50 personnes.
Merci aussi à Serge l’organisateur,
GÉNIAL !!
P.S: C'est décidé !, je vais "faire mon vol de nuit " au printemps 2009.
Al 8)
le chanceux
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