Page 1 of 2

Un vol en IMC

Posted: Sun 11 Oct, 2009 10:11
by daniel61
Vendredi dernier j'ai fait un vol qui en temps normal serait des plus banals: CYHU-CYMX(approche base avec remontée)-CYHU. J'en partage ici un long compte-rendu, libre à vous de passer à autre chose si ca risque de vous ennuyer.

Depuis que j'ai obtenu mon annotation IFR en août dernier j'ai fait 5-6 vols sur plan de vol IFR, quelques fois en grosses conditions VMC, beau gros soleil ou encore des segments “on top” après avoir traversé la couche en montant 4-5 minutes, un vol a Trois-Rivières en IMC la moitié du temps environ mais d'un cumulus à l'autre, donc visuel la moitié du temps, rien de trop énervant. Vendredi dernier hors donc je planifie d'aller faire une attente au VOR YUL et une approche à Mirabel et de retour pour deux approches à YHU. Sauf que ce qui était particulier avec ce vol est que malgré des prévisions de MVFR à IFR léger (en gros 1200 épars, 3000' couvert avec 6sm dans la pluie légère, tempo 2sm dans la pluie avec 600' fragmenté et 2000' couvert, à Mirabel c'est plus corsé mais je ne planifie pas atterrir, seulement une approche, 11/2 dans la pluie légère et brume avec 500' fragmenté et 1000' couvert) je me suis vite rendu compte que comme d'habitude il faut pas trop se fier au prévisions. Je voyais bien en circulant pour le point fixe et ensuite en n'enlignant sur la 24G a YHU que les prévisions étaient sur le côté optimiste. Et c'est gris foncé, je sais que je ne sortirais pas “on top”, le Cheetah ne monterait pas assez haut aujourd'hui pour se retrouver en plein soleil au dessus d'un gros tapis blanc. Je me dis: ça fait des mois que je m'entraîne pour ça, j'ai réussi l'écrit et les test en vol avec une relative aisance, je me suis pété les bretelles avec tout mes chums, réels et en ligne, c'est pour ça que je l'ai fait.

"C-GVLU, 125.15 à l'envol, autorisé à décollé piste 24 gauche " Je note bien l'heure exacte en cas de panne de com et je mets la puissance, c'est vert partout, la vitesse est active, 55-60 noeuds, comme d'habitude ca veut voler. " Montréal, GVLU passe 600 pieds pour 3000 ", " VLU, identifié radar, maintenez 3000' ". Sauf qu'à ce vol, comme je l'anticipais en voyant le ciel, après environ 30-60 secondes ...vers les 1000-1200 pieds...dans la soupe. Comme un enfant en bicyclette les premières fois sans ses petites roues en arrière, pas d'instructeur à droite, ca fait encore un petit thrill. Je double check, pitot heat on, OAT 6 celsius; OK pas de givrage, vert partout, fuel pump off. Donc après plus de vingt ans de vol a prendre toutes les précautions possibles pour éviter ces conditions je suis dedans, et tout est correct. Après 1-2 minutes a scanner les instruments assez intensément, ça devient graduellement tout à fait normal. C'est comme se retrouver seul dans un autre monde, un monde de blanc sans fin, de nuances de gris subtils lorsque brièvement entre deux couches. Un monde tranquille dans les écouteurs, c'est plutôt calme sur la radio quand il n'y a pas de VFR. " VLU virez à gauche cap 290, maintenez 4000', rappelez prêt a copier l'autorisation d'attente ", c'est quand même bien fait, 290 me pointe directement vers le VOR. Ah oui faut que je travaille un peu. Je réussis une attente potable à YUL, 3-4 tours ça va être assez merci. En IFR les attentes, on me dit, que c'est ce qu'on pratique le plus et qu'on fait le moins ensuite.

“Montréal, VLU prêt pour l'approche”, “VLU, virez à gauche cap 060, à 3000'”. Donc je me retrouve en long vent arrière pour l'ILS de la 24 à YMX. J'intercepte le localizer, ensuite le glide slope, ça track pas si pire, un peu de zig-zag mais plus j'approche et plus ca se stabilise, heureusement. Minimum sur cette approche 439' ASL. Mirabel radio rapporte fragmenté à 800', épars à...300'. En passant le NDB Janvier vers 1600' toujours dans la couche bien solide, faut vraiment faire confiance à ses instruments surtout quand l'altitude descend toujours. Mais ca je le sais déjà. Je pars le chrono, je vérifie la distance sur mon Garmin 396 (non certifié mais ça aide beaucoup!), 4.1 nm, à 90 noeuds sol, 02:44 avant le seuil de piste si jamais je perds le glide slope avec un minimum LOC de 640' ou un minimum NDB de 700'. Vers les 700-800 je commence à voir le sol à de brefs instants mais pour la piste qui serait droit devant...faut avoir confiance. Je commence a songer à une approche interrompue, je suis préalablement autorisé à remonter cap de piste jusqu'à 3000'. Quand je mets la main sur le throttle pensant devoir remonter, vers 600', soit environ environ 360 AGL, les lumières d'approche de la 24 apparaissent dans toute leur brillance et presque aussitôt le reste de la piste se dessine clairement: contact!

Tout ça peut parait sans doute routinier et même ennuyant pour ceux qui font ça tout les jours dans le cadre de leur travail, mais moi j'étais vraiment fier d'avoir réussi ma première approche ILS, en gros IMC, presque aux minimums. C'est pour ça que je viens presque d'écrire un roman, pour partager ça avec vous.

Le retour a St-Hubert pour une ILS et ensuite une NDB complète se passe très bien. Encore là l'ATIS parle de 2300 couvert, on oublie ca, je vois le sol vers les 1200' et distingue clairement la piste 24D vers les 800' avec un vis d'environ 3-4 sm.

C'est sûrement une des dernière fois avant l'hiver s'amorce que j'ai la chance de m'entraîner ainsi en IMC. Par la suite, à moins de conditions météo vraiment inhabituelles, le givrage m'empêcheras de voler IMC de la sorte jusqu'au retour du printemps. Je me rends compte de plus en plus que j'ai fait mon IFR pour l'aspect sécurité mais aussi parce que j'apprécie beaucoup la précision et la rigueur que ca demande. J'apprécie aussi beaucoup le travail des contrôleurs, dont une dame qui a une très belle voix (que j'avais eu lors de mon test en vol IFR aussi).

Donc si vous arrivez à un moment dans votre cheminement de pilote que vous aimeriez apprendre plus, arrête-t-on jamais vraiment anyway? Je vous recommande chaudement une formation aux instruments.

Bon vols,

Quelques photos:

Image

Image

Image

Posted: Sun 11 Oct, 2009 10:37
by toxedo_2000
C'est comme un feeling solo, non ?
Je te suis reconnaissant d'avoir partagé cette expérience avec nous. Je suis certain que plusieurs se sont reconnus, ont revu leurs émotions du moment quand ça leur est arrivé.
Bonne brume ! ;)p

Posted: Sun 11 Oct, 2009 11:28
by daniel61
Merci gaston,

Je dirais que ce n'est pas aussi exaltant que le premier solo mais ça se rapproche.

Posted: Sun 11 Oct, 2009 11:43
by Theo007
Wow. Quel histoire moi ca me donne des frisons dans le dos.... Beaucoup de technique tous ca.

Dans le livre « The Killing Zone » ont parle beaucoup des accidents IMC. Cependant ont mentionne aussi que les Pilote avais pas la formation et souvent l’expérience (malgré la formation) pour de tel condition. L’accident de Kennedy JR est un bon exemple..

A lire ton histoire sa rassure que c’est possible avoir l’expérience et compétence de faire face a de tel conditions.

Une vie complètement solitaire seul avec la confiance qu’ont doit avoir aux instruments et au contrôleur.

Bravo

THEO

Posted: Sun 11 Oct, 2009 11:59
by Frank-Mtl
Ouf Daniel,

Peut-être que pour ceux qui font ça à tous les jours c'est de la "p'tite bière" mais pour un novice comme moi c'est TRÈS impressionnant :shock:

Bravo et merci pour le récit !


Frank

Posted: Sun 11 Oct, 2009 13:04
by COOLFLY
Même chose pour moi, très impressionnant et félicitations pour ton vol ;)p
Salutations! :wink:
André L.

Posted: Sun 11 Oct, 2009 15:20
by MichelC
Très intéressante description, merci de la partager avec nous !

Michel C.

Posted: Sun 11 Oct, 2009 15:36
by daniel61
Merci,

J'ai écrit ça pour faire part que c'est quand même à la portée de tous et surtout pas pour vous impressionner les gars, pas trop mon genre. Soit il faut l'appareil en conséquence, mais notre Cheetah est tout ce qu'il y a de plus simple comme avion et avionique. Et la formation est quand même pas si complexe que ça.

Et j'ai réalisé qu'en plus d'être un forme de vol très sécuritaire et vraiment intéressante, je me rends compte que je voudrais surtout jamais, jamais, jamais me retrouver des conditions semblable a essayer de me faufiler en VFR :shock: Là j'aurais peur. :shock: :shock:

Posted: Sun 11 Oct, 2009 15:43
by daniel61
Theo007 wrote:Dans le livre « The Killing Zone » ont parle beaucoup des accidents IMC. Cependant ont mentionne aussi que les Pilote avais pas la formation et souvent l’expérience (malgré la formation) pour de tel condition. L’accident de Kennedy JR est un bon exemple..

THEO
Sans oublier que souvent avec un mono piston c'est très limité comme capacité, pour monter au dessus du mauvais temps, comme autonomie pour contourner le mauvais temps et en été pas de radar météo pour détecter les orages. Pas de système de dégivrage, donc la moindre trace de givre est immédiatement une situation sérieuse qui demande que des mesures soient prises sur le champ et qui peut devenir un urgence majeure en un rien de temps. Donc faut pas se prendre pour un 747 et foncer tête baissée dans n'importe quoi.

Posted: Sun 11 Oct, 2009 16:27
by CGiroux
Merci de partager ton récit.

J'ai réussi le théorique cet été et je termine mes heures pratiques bientôt.

C'est exaltant le feeling de sortir des nuages en finale et de voir la piste en plein à la bonne place.

En pratique à Ottawa, Un Jazz et et Air Canada attendaient qu'on termine notre approche pour s'aligner, et on s'est dit qu'eux aussi un jour ils ont pratiqué ce qu'on vient de faire. Évidemment, lors de la remontée, les vecteurs pour nous enlever du chemin des grands n'ont pas été longs à arriver, mais on retournait dans les boules blanches et tout allait bien.

J'aime aussi la rigueur que ça demande, et ça fait de moi un meilleur pilote je crois.

L'étude se fait bien, la matière à couvrir est bien déterminée.

Bien hâte de lire d'autres récits IFR.

Posted: Sun 11 Oct, 2009 16:59
by Georges
Les photos que tu nous montres Daniel me rappelle un des vols IFR que j'ai fait vers la Floride en partance de Joliette avec mon Mooney. J'ai décollé de Joliette et à 500 pieds sol J'ai perdu tout visibilité avec le sol. J'ai fais le vol à 8000 pieds dans des conditions vraiment IMC. Je ne voyais pas le bout des ailes de l'avion. Ce vol c'est poursuivi pendant 4hrs.jusqu'a Rawleigh Durham. Le contrôleur m'a fait descendre de 8000 pieds jusqu'à 700 pieds sol et la longue piste de Rawleigh m'est apparue droit devant. C'est tout un feeling quand on sort des nuages après un tel vol. J'ai particulièrement apprécié mon pilote automatique et mon storm scope durant ce vol. Je crois qu'il est difficile de réussir de long vol en IMC sans l'assistance d'un pilote automatique. Le vol aux instruments apporte beaucoup de satisfaction. Georges

Posted: Sun 11 Oct, 2009 22:53
by FlyROM
Bravo Daniel!!!!

C'est inspirant!

Posted: Sun 11 Oct, 2009 23:46
by CH300-FNQI
Merci Daniel, ton récit m'a vraiment captivé du début jusqu'à la fin, même si certains termes ne me sont pas familiers, et je devrai juste m'instruire un peu sur le vol IFR. Et pourquoi pas suivre le cours un jour mais je vais commencer pas mon annotation de nuit cet automne je pense.

Merci et ne te gêne pas pour nous raconter d'autres aventures, ça amène un tout autre aspect du vol qui se discute rarement ici.

Pierre

Posted: Mon 12 Oct, 2009 07:15
by Eric GARF
C'est bien de valeur que mon ptit 150 a pas l'équipement nécessaire car c'est sûre que je ferais mon IFR entre autre pcq si tu veux faire des vols voyage, tu augmente grandement tes chances de pouvoir et partir et surtout revenir à la date prévue....

Eric GARF

Posted: Mon 12 Oct, 2009 10:52
by martint
Comme petit pilote privé que je suis, je trouve ton récit très impressionnant et effectivement avec beaucoup de rigueur.

Bravo!
Martin (FJAR)

Posted: Mon 12 Oct, 2009 17:08
by PaulD
;)p ;)p ;)p


Paul :D :D

Posted: Mon 12 Oct, 2009 17:32
by julietlima
Georges wrote:Les photos que tu nous montres Daniel me rappelle un des vols IFR que j'ai fait vers la Floride en partance de Joliette avec mon Mooney. J'ai décollé de Joliette et à 500 pieds sol J'ai perdu tout visibilité avec le sol. J'ai fais le vol à 8000 pieds dans des conditions vraiment IMC. Je ne voyais pas le bout des ailes de l'avion. Ce vol c'est poursuivi pendant 4hrs.jusqu'a Rawleigh Durham. Le contrôleur m'a fait descendre de 8000 pieds jusqu'à 700 pieds sol et la longue piste de Rawleigh m'est apparue droit devant. C'est tout un feeling quand on sort des nuages après un tel vol. J'ai particulièrement apprécié mon pilote automatique et mon storm scope durant ce vol. Je crois qu'il est difficile de réussir de long vol en IMC sans l'assistance d'un pilote automatique. Le vol aux instruments apporte beaucoup de satisfaction. Georges
Les compagnies d'assurances devraient reduire le cout de 30% de leur prime a ceux qui le possede. C'est quasiment une assurance vie que d'avoir son IFR....jean

Posted: Mon 12 Oct, 2009 19:31
by Georges
Ils le font déjà Jean. Dans mon cas, pour me couvrir quand je me suis procuré mon premier Mooney Porsche en 1990, ils m,ont accordé 3 mois pour devenir pilote IFR sinon ils ne me couvraient plus. Maintenant à chaque année ils demandent si tu es qualifié IFR sinon la prime n'est pas la même....Georges

Posted: Mon 12 Oct, 2009 19:58
by Jacques3012
Excellent reportage Daniel31, c'était pas trop long, c'était trop bon, pas forçant de le lire au complet :)

Jacques3012

Posted: Mon 12 Oct, 2009 22:05
by Rudder Bug
J'ai savouré ta plume Daniel!

Ça démontre bien que d'apprendre à voler IFR rend tellement tout plus simple et facile, si on s'y met.

Le VFR en IMC est difficile et dangereux, tandis que l'IFR en n'importe quoi est safe et peut même être facile, si non trop facile.

Je ne vois pas le point de voler à 30 pi au dessus des cocottes, à faire des tracks brunes dans nos culottes quand on peut être confortable en tout temps, comme l'IFR se veut.

L'aboutissement d'un bon vol est une piste bien en vue en approche finale.

Gilles