La 17e heure
Posted: Sat 02 Feb, 2008 08:45
Assurément, tout allait pour le mieux. Météomédia annoncait pour le lendemain une magnifique journée, 5km/h de vent, des températures au dessus de -15°C, parfait pour un premier vol en solo! Le téléphone sonne : c’est Christelle. « Salut Stéphane, tu sais, je t’avais déjà dit qu’il se pouvait qu’on doive annuler un vol parce que je suis affectée à un vol nolisé, et bien ça sera le cas demain ». Ouch, grosse déception, surtout après avoir annulé plusieurs vols à cause de la mauvaise température, j’étais un peu (mouais, pas mal) déçu. Bon, on réserve un avion pour dimanche, on verra bien. Finalement, le coloc de Christelle m’apprend qu’elle est prise à Gaspé, que le vol de dimanche était aussi annulé. Une fin de semaine à oublier.
Dimanche matin, je reçois un message texte sur mon cellulaire, c’est Christelle qui m’annonce qu’elle sera à St-Hubert vers 12 h 30 et que nous allons voler à 13 h. Je me présente à l’école d’aviation sans grandes attentes, la météo annonce de la neige faible, des vents de 10 nœuds, pas l’idéal pour un premier solo, je suis d’une humeur un peu morose, pas au meilleur de ma forme. Je fais des tours de piste avec Christelle, mais j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur, je fais plein de petites erreurs, mes atterrissages ne sont pas parfaits, pas très contant de mon vol. On rentre l’avion chez Cargair, mais au lieu de stationner l’avion comme d’habitude, elle me dit de laisser rouler le moteur, qu’elle allait appeler les contrôleurs et qu’après j’allais faire un petit tour seul!
« Euh, ben euh, non, c’est pas possible, je suis pourri, je ne suis pas assez bon, tu es sûr? » Ça faisait très longtemps que je n’avais pas eu chaud comme ça, j’étais un peu paniqué…Elle parle à la tour et sort, ferme la porte, et me fait signe de faire demi-tour et d’y aller… oh boy… je fais demi-tour avec l’avion, je vais jusqu’au Taxi, roule seul, terriblement seul, un peu dépassé par les événements. J’arrive au bout de la piste :
Moi : « Golf Juliette Kilo à l’écart de la zéro six droite »
La tour : « Golf Juliette Kilo, restez à l’écart, ça sera pour un tour de piste ou plusieurs? »
Moi : « Golf Juliette Kilo, ça sera pour un seul tour ». Un tour, c’est bien en masse non?
La tour : « Enlignez-vous sur la piste »
Je dois vous dire quelque chose : d’être assis là, dans mon petit Cessna, la piste devant moi avec ses grosses lignes blanches dans le milieu se perdant au loin, la main sur les gaz, prêt à pousser la machine à fond, à la faire décoller, à la lancer dans les airs alors que je suis encore en sécurité sur le sol, mais que je sais très bien que je vais le faire de toute façon, que je touche à un rêve d’enfance… c’est un moment magique, un moment où tu sais que la vie est merveilleuse, elle est précieuse, parce que… je ne sais pas, tu la risques un peu, mais que ça vaut la chandelle.
La tour : « Golf Juliette Kilo, vous pouvez décoller, restez dans l’axe de la piste, ne montez pas plus haut que 1 100 pieds, ne tournez pas avant qu’on vous le dise, changez de fréquence pour le 121.4 ».
Moi : « Golf Juliette Kilo ».
Je pousse sur la manette des gaz, le moteur se met à cracher la puissance et les décibels, l’avion accélère sur la piste, un petit coup sur les commandes et hop, l’avion monte de quelques pieds au début, je lui laisse le temps de prendre sa vitesse, et j’ajuste immédiatement l’angle de l’avion pour la montée. Une fois tout sous contrôle, je viens pour changer de fréquence… merde, je suis déjà sur le 121.3! Je demande une confirmation à la tour de contrôle : « Oui monsieur, changez pour le 121.3 ». Là, ça ne va pas bien, ça ne va pas comme ça devrait, je ne comprends pas trop, je suis pas mal mélangé et je commence à me sentir inconfortable. Je regarde comme il faut la radio, les boutons, mais non, je suis bel et bien déjà sur le 121.3!!!
Moi : « Golf Juliette Kilo, je suis DÉJÀ sur le 121.3… »
La tour : « … euh, excusez-moi, c’est mon erreur, changez pour le 118.4 »
Ouf, j’ai ressenti comme un soulagement. Le petit problème, c’est que je me suis pas mal éloigné de l’aéroport. Demi-tour, on remonte la piste, on se positionne pour l’atterrissage, les roues touches la piste, quelques petits bons, je contrôle l’avion, c’est pas l’atterrissage du siècle, mais bon, ça me satisfait amplement!
On m’a posé deux questions depuis, à laquelle de donnerais la même réponse : « Est-ce que tu te sentais maître du monde, au dessus de tout » et « est-ce que tu as eu peur ». Dans les deux cas, la réponse est non. J’étais trop concentré. Concentré à comprendre l’erreur de la tour de contrôle au début, trop concentré à perdre l’altitude de trop que j’ai gagné alors que je causais avec la tour, concentré pour l’approche et l’atterrissage. En fait, c’est irréel, je n’arrive pas à croire que j’ai piloté un avion, que je l’ai fait voler seul. Mais c’est bel et bien arrivé, à ma 17e heure de vol!
Stich
Dimanche matin, je reçois un message texte sur mon cellulaire, c’est Christelle qui m’annonce qu’elle sera à St-Hubert vers 12 h 30 et que nous allons voler à 13 h. Je me présente à l’école d’aviation sans grandes attentes, la météo annonce de la neige faible, des vents de 10 nœuds, pas l’idéal pour un premier solo, je suis d’une humeur un peu morose, pas au meilleur de ma forme. Je fais des tours de piste avec Christelle, mais j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur, je fais plein de petites erreurs, mes atterrissages ne sont pas parfaits, pas très contant de mon vol. On rentre l’avion chez Cargair, mais au lieu de stationner l’avion comme d’habitude, elle me dit de laisser rouler le moteur, qu’elle allait appeler les contrôleurs et qu’après j’allais faire un petit tour seul!
« Euh, ben euh, non, c’est pas possible, je suis pourri, je ne suis pas assez bon, tu es sûr? » Ça faisait très longtemps que je n’avais pas eu chaud comme ça, j’étais un peu paniqué…Elle parle à la tour et sort, ferme la porte, et me fait signe de faire demi-tour et d’y aller… oh boy… je fais demi-tour avec l’avion, je vais jusqu’au Taxi, roule seul, terriblement seul, un peu dépassé par les événements. J’arrive au bout de la piste :
Moi : « Golf Juliette Kilo à l’écart de la zéro six droite »
La tour : « Golf Juliette Kilo, restez à l’écart, ça sera pour un tour de piste ou plusieurs? »
Moi : « Golf Juliette Kilo, ça sera pour un seul tour ». Un tour, c’est bien en masse non?
La tour : « Enlignez-vous sur la piste »
Je dois vous dire quelque chose : d’être assis là, dans mon petit Cessna, la piste devant moi avec ses grosses lignes blanches dans le milieu se perdant au loin, la main sur les gaz, prêt à pousser la machine à fond, à la faire décoller, à la lancer dans les airs alors que je suis encore en sécurité sur le sol, mais que je sais très bien que je vais le faire de toute façon, que je touche à un rêve d’enfance… c’est un moment magique, un moment où tu sais que la vie est merveilleuse, elle est précieuse, parce que… je ne sais pas, tu la risques un peu, mais que ça vaut la chandelle.
La tour : « Golf Juliette Kilo, vous pouvez décoller, restez dans l’axe de la piste, ne montez pas plus haut que 1 100 pieds, ne tournez pas avant qu’on vous le dise, changez de fréquence pour le 121.4 ».
Moi : « Golf Juliette Kilo ».
Je pousse sur la manette des gaz, le moteur se met à cracher la puissance et les décibels, l’avion accélère sur la piste, un petit coup sur les commandes et hop, l’avion monte de quelques pieds au début, je lui laisse le temps de prendre sa vitesse, et j’ajuste immédiatement l’angle de l’avion pour la montée. Une fois tout sous contrôle, je viens pour changer de fréquence… merde, je suis déjà sur le 121.3! Je demande une confirmation à la tour de contrôle : « Oui monsieur, changez pour le 121.3 ». Là, ça ne va pas bien, ça ne va pas comme ça devrait, je ne comprends pas trop, je suis pas mal mélangé et je commence à me sentir inconfortable. Je regarde comme il faut la radio, les boutons, mais non, je suis bel et bien déjà sur le 121.3!!!
Moi : « Golf Juliette Kilo, je suis DÉJÀ sur le 121.3… »
La tour : « … euh, excusez-moi, c’est mon erreur, changez pour le 118.4 »
Ouf, j’ai ressenti comme un soulagement. Le petit problème, c’est que je me suis pas mal éloigné de l’aéroport. Demi-tour, on remonte la piste, on se positionne pour l’atterrissage, les roues touches la piste, quelques petits bons, je contrôle l’avion, c’est pas l’atterrissage du siècle, mais bon, ça me satisfait amplement!
On m’a posé deux questions depuis, à laquelle de donnerais la même réponse : « Est-ce que tu te sentais maître du monde, au dessus de tout » et « est-ce que tu as eu peur ». Dans les deux cas, la réponse est non. J’étais trop concentré. Concentré à comprendre l’erreur de la tour de contrôle au début, trop concentré à perdre l’altitude de trop que j’ai gagné alors que je causais avec la tour, concentré pour l’approche et l’atterrissage. En fait, c’est irréel, je n’arrive pas à croire que j’ai piloté un avion, que je l’ai fait voler seul. Mais c’est bel et bien arrivé, à ma 17e heure de vol!
Stich